Neuf livres, et ce sont les lycéens qui votent
La Région Île-de-France a dévoilé la sélection du Prix littéraire des lycéens 2026-2027 : trois romans, trois bandes dessinées, trois recueils de poésie. Près de mille élèves ont jusqu’en mars pour les lire et désigner les lauréats.
Image d’illustration — Nora Éditions
La Région Île-de-France a rendu publique, le 5 octobre, la liste des ouvrages du Prix littéraire des lycéens 2026-2027. Ils sont neuf, répartis en roman, bande dessinée et poésie, et ce sont les élèves qui désigneront les lauréats.
Le principe n’a pas bougé depuis la première édition : près de mille jeunes, de la seconde à la terminale, voie générale comme voie professionnelle, répartis dans les huit départements franciliens. Ils lisent d’octobre à mars, rencontrent les auteurs, votent en février. Les prix sont remis en avril, au Festival du livre de Paris. Chaque élève reçoit un chèque lire de dix-huit euros.
Ce qui distingue ce prix des autres : aucun jury d’écrivains ne tranche à la place des lecteurs. La sélection est posée, et le reste leur appartient.
En roman
Chasseurs d’été, de Soufiane Khaloua. Un garçon de sept ans arrive dans le quartier Saint-Exupéry, coincé entre la voie ferrée et le canal. Il y rencontre Nelson, et cette amitié tient le livre entier — jusqu’à ce que la vie les sépare et que l’un passe de l’autre côté de la passerelle, du côté favorisé. C’est le deuxième roman de Khaloua, après La Vallée des Lazhars, et il se passe dans les années deux mille, dans une de ces petites villes de périphérie dont on ne parle jamais.
Pamoja !, de Jérôme Lafargue. Anton et son chien recueillent Nila, une enfant réfugiée que l’on traque. Avec Gustavo, rescapé d’une guerre anticoloniale en Afrique de l’Est, et Maïtena, qui connaît la montagne, ils marchent vers un camp clandestin où l’on vit en autogestion. Nila, elle, s’est échappée d’un laboratoire.
La Mangue et le Papillon, d’Anne-Christine Tinel. Lozère, fin des années soixante. Claire grandit à la ferme avec ses frères et avec Lucie, venue de La Réunion, qui devient comme sa sœur. Un jour Lucie disparaît, et son départ devient un sujet dont on ne parle pas. Le livre avance vers ce que Claire finit par apprendre : les enfants réunionnais déplacés en métropole, ceux qu’on a appelés les enfants de la Creuse. Le roman a reçu le Cabri d’Or 2025.
En bande dessinée
L’Amourante, de Pierre Alexandrine. Louise quitte Zayn. Quand il demande pourquoi, elle lui répond qu’elle est une amourante : elle ne vieillit pas tant que quelqu’un l’aime, et elle est née il y a plus de six siècles, pendant la guerre de Cent Ans. Le livre remonte alors son existence — le Paris médiéval, la Venise de la Renaissance, la Russie du dix-huitième siècle, l’Allemagne des procès en sorcellerie.
Les Sentiers d’Anahuac, de Romain Bertrand et Jean Dytar. Mexique, seizième siècle. Le franciscain Bernardino de Sahagún voit les conquistadors effacer méthodiquement la culture des vaincus, et entreprend de tout consigner. Antonio Valeriano, jeune Indien né après la conquête, l’aide — et découvre en même temps la culture dont il vient. L’album a reçu le Grand Prix de la critique ACBD 2026.
Iris, de Fabian Menor. Iris peint depuis toujours, des lignes et des droites, et elle peint encore à un âge avancé. Une maladie dégénérative de l’œil l’oblige à quitter son indépendance et à entrer en maison de retraite. Le livre regarde ce qu’elle invente à partir de là. Il a reçu le prix Töpffer 2025 et le prix BD Zoom 2026.
En poésie
Haïkus des forêts et des montagnes, d’Annick Combier, illustré par Neyptune. Des poèmes de trois vers, sur la forme japonaise du haïku, qui suivent les saisons : les chamois, les oiseaux, les gentianes, ce qui pousse en altitude et ce qui passe. Les illustrations tiennent le même registre que les textes.
J’ai mis le soleil dans la machine à laver, de Liv Pirosh. Un recueil où les images s’appellent l’une l’autre et où le sérieux et la loufoquerie tiennent dans la même page. C’est le plus récent des neuf, paru en décembre.
Elles ont surgi d’une vague, de Murielle Szac. Antigone, Ariane, Artémis, Atalante, Hélène, Pénélope, Clytemnestre, Cassandre. Les femmes des mythes grecs, reprises en poèmes : celles qui ont tenu, celles qui ont aimé jusqu’à la folie, celles qui ont lutté, trahi, tué parfois.
Ce qui se passe maintenant
La lecture court jusqu’en mars. Entre-temps, les classes rencontrent les auteurs et voient de l’intérieur comment un livre se fabrique. Le vote a lieu en février, un lauréat par catégorie, et la remise se tient en avril au Festival du livre de Paris.
Les neuf titres sont en librairie, et la plupart se trouvent aussi en bibliothèque — la sélection est annoncée assez tôt pour que les réseaux municipaux l’aient commandée.
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