La Muqaddima d’Ibn Khaldoun candidate à l’UNESCO
L’Algérie, la Tunisie, l’Égypte et la Turquie portent ensemble la candidature de la Muqaddima d’Ibn Khaldoun au registre Mémoire du monde de l’UNESCO. Pourquoi l’Algérie y tient une place à part.
Manuscrit arabe ancien — Unsplash (licence Unsplash)
Le 19 septembre, lors de la remise du prix Ibn Khaldoun des sciences humaines et sociales à Tunis, l’historien Abdelhamid El Arkache annonçait ce qui ressemblait à une bonne nouvelle actée : l’inscription de la Muqaddima d’Ibn Khaldoun au registre "Mémoire du monde" de l’UNESCO. Dès le lendemain, la délégation permanente de la Tunisie auprès de l’organisation apportait une précision importante — le dossier est bien en cours d’évaluation, mais aucune décision définitive n’a encore été rendue.
Quatre capitales ont choisi de signer ensemble un même dossier, plutôt que de se disputer la paternité d’un penseur du XIVe siècle.
Ce qu’est vraiment le registre visé
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agit pas du Patrimoine mondial de l’UNESCO — celui qui protège des sites comme la Casbah d’Alger ou Djémila. Le registre "Mémoire du monde", créé en 1992, vise spécifiquement le patrimoine documentaire : manuscrits, archives, fonds sonores ou imprimés rares, jugés d’une valeur universelle suffisante pour être préservés et rendus accessibles aux générations futures.
Une candidature à quatre voix, pas une compétition
Ce qui rend ce dossier particulier, c’est le choix de le porter collectivement. Plutôt que de revendiquer chacun sa part d’héritage, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte et la Turquie ont préparé ensemble, sous la coordination tunisienne, un dossier commun déposé pour le cycle 2026-2027 du programme.
Ville natale d’Ibn Khaldoun, né à Tunis en 1332. Le pays coordonne le dossier depuis un an.
Le lieu où Ibn Khaldoun aurait conçu la première version de son œuvre historique majeure, pendant son séjour dans le pays.
Où il a vécu une partie de sa vie et achevé plusieurs de ses écrits, avant d’y mourir en 1406.
Conserve les plus anciens manuscrits connus de la Muqaddima, témoins de sa réception dans le monde ottoman.
Quatre histoires nationales réunies autour d’un même héritage — l’œuvre du penseur ayant depuis longtemps dépassé les frontières du seul Maghreb pour s’inscrire dans un espace civilisationnel partagé.
Un travail préparatoire d’un an
La Tunisie a engagé la préparation de ce dossier dès l’année précédente, en coordination avec les trois autres pays partenaires. En février 2026 déjà, l’UNESCO confirmait par courriel officiel la recevabilité de la candidature — une étape technique qui ouvre officiellement le processus d’évaluation, sans préjuger du résultat final.
Pourquoi ce texte compte autant
La Muqaddima — littéralement "les Prolégomènes" — sert d’introduction au grand ouvrage historique d’Ibn Khaldoun. Rédigée au XIVe siècle, elle est considérée par de nombreux chercheurs comme un texte fondateur de la sociologie, de l’historiographie et même de l’économie, plusieurs siècles avant que ces disciplines ne soient formalisées en Occident. Un statut qui explique pourquoi quatre pays tiennent autant à voir cette œuvre reconnue au niveau international.
En attendant cette échéance, la démarche elle-même a déjà une valeur : voir quatre pays choisir de porter ensemble un même héritage, plutôt que de se le disputer, dit quelque chose d’assez rare dans la façon dont on traite d’ordinaire les figures historiques du monde arabo-musulman.