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Cinéma

Marina Vlady, l’actrice qui a vécu trois vies

Star à Cannes à seize ans, égérie de Godard, épouse du poète le plus adulé d’URSS. Marina Vlady s’est éteinte hier, à 88 ans. Retour sur un parcours qui tient difficilement dans une seule existence.

Par La rédaction 3 min de lecture

Photo — Unsplash (licence Unsplash)

Marina Vlady est morte hier, jeudi 24 septembre 2026, à 88 ans. Elle a traversé le cinéma français, l’URSS de la guerre froide et deux vies qui, mises bout à bout, en font presque trois. Retour sur un parcours qui commence à dix ans, sur un plateau, et qui ne s’arrêtera jamais vraiment.

« Marlon Brando et Orson Welles l’ont courtisée, Jean-Luc Godard voulait l’épouser, Robert Hossein fut son premier mari, Vladimir Vissotsky son troisième. »
AFP, 24 septembre 2026

Les quatre sœurs Poliakoff

Elle naît Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff, le 10 mai 1938 à Clichy. Ses parents ont fui la Russie révolutionnaire dans les années 1910 — son père, aviateur devenu chanteur d’opéra puis ouvrier après la crise de 1929, sa mère, ancienne danseuse. Marina grandit avec trois sœurs, toutes destinées à une carrière artistique : elles seront connues comme les « sœurs Poliakoff ».

Petit rat à l’Opéra de Paris, elle bascule vers le cinéma très tôt. Premier rôle à dix ans dans Orage d’été en 1949. Cinq ans plus tard, André Cayatte la fait tourner dans Avant le déluge, qui lui vaut le prix Suzanne-Bianchetti — la récompense de l’actrice la plus prometteuse — à seize ans à peine.

Mariée à dix-sept ans, star de cinéma avant vingt

En 1955, à dix-sept ans, elle épouse le metteur en scène Robert Hossein, qui la dirige dans quatre films. Le mariage dure cinq ans. Suivront un second mariage avec l’aventurier Jean-Claude Brouillet, puis, en 1970, celui qui marquera le plus sa vie.

LE SOMMET DE SA CARRIÈRE FRANÇAISE : En 1963, elle reçoit le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes pour Le Lit conjugal, de Marco Ferreri. Quatre ans plus tard, elle devient une icône de la Nouvelle Vague en tenant la tête d’affiche de Deux ou trois choses que je sais d’elle, de Jean-Luc Godard.

Elle tourne avec les plus grands noms du cinéma d’auteur — Orson Welles dans Falstaff en 1965, Ettore Scola, Michel Deville — tout en gardant un pied dans des comédies populaires comme Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne. Une carrière qui refuse déjà de choisir un seul registre.

Moscou, et l’amour de sa vie

En 1970, elle épouse à Moscou Vladimir Vissotski — chanteur, poète et acteur soviétique, adulé dans tout le pays malgré la censure. Elle s’installe en URSS et y reste jusqu’à la mort de Vissotski en 1980, à quarante-deux ans, après une existence rongée par l’alcool et les persécutions politiques.

CE QU’ELLE EN A TIRÉ : En 1987, elle publie Vladimir ou le Vol arrêté, récit consacré à cette décennie moscovite. Le livre sera adapté au théâtre, et elle continuera à le porter sur scène jusqu’en 2007 — près de trente ans après la mort de celui qu’elle appelait l’amour de sa vie.

Une vie qui ne s’est jamais limitée au cinéma

Marina Vlady n’a jamais été seulement actrice. Chanteuse aux côtés de ses sœurs sous le nom des « sœurs Poliakoff », écrivaine de treize livres, sculptrice à ses heures. Engagée à gauche, elle adhère au Parti communiste français en 1968 et signe en 1971 le manifeste des 343, un texte de femmes qui déclarent publiquement avoir avorté, à une époque où la loi le leur interdisait encore.

Elle continue de jouer jusqu’en 2014 sur scène, et plus tard encore à l’écran — plus de soixante-cinq ans après ses débuts d’enfant actrice. Dans les dernières années, elle rejoue Vissotski, incarne la poétesse russe Marina Tsvetaïeva, ne quitte jamais vraiment la culture russe qui l’a façonnée dès l’enfance.

CE QUI RESTE : Près de quatre-vingts longs-métrages. Treize livres. Un prix à Cannes. Une vie entière passée entre deux pays, deux langues, deux façons d’être une artiste — et un nom qui reste indissociable de celui de Vladimir Vissotski, autant que du sien propre.

Il y a des carrières qu’on résume en une ligne. Celle de Marina Vlady résiste à l’exercice : enfant star des années 1950, muse de Godard, épouse d’un poète soviétique interdit d’antenne, militante féministe, écrivaine récompensée. Peu d’actrices auront traversé autant de vies différentes en une seule existence.

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