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Cinéma

Le film sur l’Émir Abdelkader a enfin une date

Oliver Stone producteur exécutif, un contrat à 17,5 millions de dollars, presque vingt ans d’attente. Le biopic le plus ambitieux du cinéma algérien vient d’obtenir une date de tournage — fixée personnellement par le président Tebboune.

Par La rédaction 3 min de lecture

Photo — Unsplash (licence Unsplash)

« On le fera. » La phrase, prononcée personnellement par le président Abdelmadjid Tebboune, a mis fin à des années de flou. Le film consacré à l’Émir Abdelkader, en projet depuis les années 1970 et officiellement lancé en 2007, a désormais une date de tournage : fin 2027.

Un projet qui a survécu à quatre changements de décennie

Rares sont les productions cinématographiques qui traînent aussi longtemps. Envisagé dès les années 1970, le projet d’un grand biopic sur le fondateur de l’État algérien moderne a connu son premier vrai lancement officiel en 2007, avant de s’effondrer une première fois de façon spectaculaire.

2007Lancement officiel du projet par l’Algérie, en tant que superproduction prise en charge par l’État
2010Un contrat de 17,5 millions de dollars signé avec Cinema Libre Studio (Philippe Diaz), Charles Burnett pressenti à la réalisation, Oliver Stone comme producteur exécutif
2013Tournage annoncé pour novembre — la société de production américaine se dérobe, le projet s’arrête net
2021Création par décret présidentiel de l’établissement public "Al Djazaïri", chargé exclusivement de relancer et produire le film
FÉV. 2025Installation d’une commission consultative de dix universités pour bâtir un scénario historiquement fiable
JUIN 2025Remise du rapport final de cette commission — les grandes lignes du scénario sont posées
JUILLET 2026Le président Tebboune fixe personnellement l’objectif : lancement du tournage fin 2027

Pourquoi ça a autant traîné

Le premier vrai coup d’arrêt reste le plus célèbre. En 2010, un accord avait été trouvé avec une équipe hollywoodienne solide — Charles Burnett à la réalisation, Oliver Stone comme producteur exécutif, un contrat de 17,5 millions de dollars signé avec la société américaine Cinema Libre Studio. Le tournage devait démarrer en Algérie dès novembre 2013. La société s’est finalement dérobée, laissant le projet à l’arrêt, malgré les millions déjà engagés via l’Office national des droits d’auteurs.

CE QUI A VRAIMENT COINCÉ ENTRE-TEMPS : Un ministre de la Culture évoquait en 2018 des raisons "techniques et logistiques" liées au scénario et au décor. Le vrai nœud du problème : comment raconter une figure aussi complexe — mystique, politique, militaire, littéraire — sans tomber ni dans l’hagiographie ni dans une vision façonnée par les seules sources coloniales.

Ce qui change vraiment cette fois

La relance de 2021 a changé la méthode. Plutôt que de confier directement le scénario à une équipe étrangère comme en 2010, l’établissement Al Djazaïri a d’abord constitué une commission scientifique — historiens, universitaires de dix établissements, spécialistes venus jusqu’à Biskra et Laghouat — chargée de fixer les faits historiques incontournables avant même l’écriture. Le scénariste principal pourrait rester étranger, mais entouré d’une équipe majoritairement algérienne.

L’AMBITION AFFICHÉE : Devenir une référence internationale, à l’image de "La Bataille d’Alger" ou "Le Message" de Moustapha Akkad. Le film doit montrer l’Émir Abdelkader comme un leader au charisme universel — pas seulement une figure de la mémoire nationale algérienne, mais un personnage capable de parler au monde entier.

Une infrastructure suit d’ailleurs ce même mouvement : la Cité cinématographique de Tinerkouk, presque achevée, doit fournir dès 2026 les moyens techniques d’un tournage à cette échelle — un pari sur le long terme, pensé pour dépasser ce seul film.

Un petit frère plus rapide

En parallèle de cette grande machine d’État, un projet plus modeste a pris de l’avance : le réalisateur Mohamed Yabdri a mené, de façon indépendante, un docu-fiction de 70 minutes sur l’Émir, avec Biyouna et Hocine Mustapha, tourné entre 2023 et 2024 et présenté dès l’automne 2025 en Algérie. Une preuve que le sujet reste vivant, même pendant que la superproduction officielle patientait encore.

Vingt ans d’attente, un contrat effondré, et enfin une date. Reste à voir si celle-ci tiendra mieux que les précédentes.

Le calendrier fixé par la présidence donne pour la première fois un horizon concret à ce serpent de mer du cinéma algérien. Reste que d’ici fin 2027, il faudra encore boucler le scénario, choisir un réalisateur et une distribution à la hauteur — les étapes précisément où le projet a buté, à chaque tentative précédente.

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