Lecture

Comment choisir un livre quand on ne sait pas quoi lire

Le problème n’a jamais été le manque de livres : il y en a trop, et chacun promet la même chose. Comment s’en sortir sans y passer la soirée — et par quoi commencer ce soir.

Par La rédaction 6 min de lecture

Photo — Declan Sun (licence Unsplash)

Tu es devant ta pile, ou devant le rayon d’une librairie, ou devant l’écran de ta liseuse. Tu as le temps, l’envie, et tu ne sais pas quoi ouvrir. Alors tu reprends ton téléphone.

Le problème n’a jamais été le manque de livres. C’est l’inverse : il y en a trop, et chacun a l’air de promettre la même chose. Voilà comment s’en sortir sans y passer la soirée.

La question n’est pas « quel est le bon livre ». C’est « qu’est-ce que j’ai envie de ressentir ce soir ».

Commence par ton humeur, pas par le livre

On choisit un livre comme on choisit un film : pas sur sa qualité, sur l’effet qu’on en attend. Un chef-d’œuvre lu au mauvais moment devient une corvée, et un roman de gare lu le bon soir vaut toutes les listes du monde.

Demande-toi donc ce que tu veux. Tourner les pages sans voir l’heure passer. Pleurer un peu. Apprendre quelque chose. Partir ailleurs. Rire. Une fois que tu as nommé l’envie, le choix se réduit de lui-même — tu viens d’éliminer les neuf dixièmes des livres qui existent.

Donne-lui cinquante pages

Tu as le droit d’abandonner. Un livre commencé n’est pas un contrat, et le finir par devoir n’honore personne — surtout pas l’auteur, qui ne voulait pas de ta corvée.

Cinquante pages suffisent à savoir si la voix te parle. Si à la cinquantième tu lis en pensant à autre chose, repose-le. Il n’est pas forcément mauvais : il n’est pas pour toi, ou pas pour maintenant. Beaucoup de livres abandonnés à vingt ans se lisent d’un trait à quarante.

Ce qui coûte cher, ce n’est pas le livre qu’on abandonne. C’est celui qu’on s’oblige à finir, qui dure six semaines, et qui dégoûte de lire pour six mois.

Lire une quatrième de couverture sans se faire avoir

Une quatrième n’est pas un résumé, c’est une publicité. Elle est écrite pour vendre, et elle ment surtout par omission.

Méfie-toi de ce qui ne dit rien : « une histoire bouleversante sur la famille », « un roman qui ne laissera personne indifférent ». Ces phrases vont à tous les livres, donc à aucun. Cherche plutôt le concret — un lieu, une époque, un métier, une situation de départ. S’il n’y en a pas, c’est souvent qu’on te cache le sujet.

Méfie-toi aussi des comparaisons : « pour les lecteurs de X ». Elles disent où l’éditeur veut ranger le livre, pas ce qu’il y a dedans.

Et ouvre le livre. Lis une page au hasard, au milieu. C’est là qu’est l’écriture réelle, pas dans l’incipit qui a été poli cent fois.

Pose la bonne question à ceux qui lisent

« Tu as un bon livre à me conseiller ? » est la question qui ne marche pas. Celui qui répond te donne ce qu’il a aimé, lui, et tu te retrouves avec un roman qui lui ressemble.

Demande plutôt : à quoi ça ressemble ? Est-ce que ça va vite ? C’est drôle ou c’est dur ? Ça se lit le soir ou ça demande de la tête ? Tu obtiens une description au lieu d’un verdict, et tu décides toi-même.

Et si tu as une libraire près de chez toi, dis-lui la vérité : « je ne sais pas quoi lire, j’ai aimé ça, je n’ai pas aimé ça. » C’est son métier, elle fait ça toute la journée, et elle ne te jugera pas.

Où trouver des idées qui ne sont pas des réclames

Le rayon poche d’une librairie est le meilleur filtre qui existe : un livre qui y arrive a survécu à sa première année. C’est aussi le rayon le moins cher, donc celui où se tromper coûte le moins.

La bibliothèque municipale permet d’essayer sans rien acheter, et son catalogue en ligne se parcourt depuis le canapé. Les prix littéraires donnent des pistes, à condition de les lire pour ce qu’ils sont : un avis parmi d’autres, pas un classement de qualité.

Quant aux listes qui circulent en ligne, regarde qui les écrit et ce qu’elles ont à y gagner. Une liste honnête le dit quand elle gagne quelque chose — c’est la règle ici, et elle ne coûte rien à suivre.

Le format change la lecture

Si tu n’arrives pas à t’y mettre, le problème n’est peut-être pas le livre. Un pavé de six cents pages intimide ; le même texte sur une liseuse, où l’on ne voit pas l’épaisseur, se lit souvent sans peine.

La liseuse a d’autres avantages pour qui hésite : on y télécharge un extrait gratuit de presque n’importe quel livre, ce qui permet d’essayer les cinquante pages sans rien dépenser. Et on la lit au lit sans allumer la lampe.

La Kindle 2024, la plus légère
Un écran mat qui ne fatigue pas, un éclairage réglable pour lire dans le noir, et des extraits gratuits à télécharger avant d’acheter. Elle tient dans une poche de manteau.
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Et si tu veux juste qu’on décide pour toi

Alors voilà, rangés par envie. Ce sont des livres qu’on trouve partout, y compris en bibliothèque, et qui ont la qualité commune de ne demander aucun effort pour entrer dedans.

Pour tourner les pages sans voir l’heure. Millie entre au service d’une famille fortunée de New York, et rien n’est ce qu’il semble. C’est construit pour qu’on ne s’arrête pas, et ça fonctionne.

La femme de ménage, de Freida McFadden
Un thriller qui se lit d’une traite, en poche. Le genre de livre qu’on prête et qu’on ne revoit jamais.
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Pour pleurer un peu, et finir réconfortée. Violette tient un cimetière de Bourgogne et reçoit les vivants plus souvent que les morts. C’est doux, c’est long comme il faut, et on y revient.

Changer l’eau des fleurs, de Valérie Perrin
En poche, un roman d’atmosphère qu’on lit par petits morceaux le soir. Celui qu’on offre les yeux fermés.
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Pour apprendre quelque chose sans lire un essai. Le Rwanda d’après le génocide, sur plusieurs générations. Gaël Faye raconte une histoire que peu de romans abordent, et il la raconte en romancier, pas en historien.

Jacaranda, de Gaël Faye
Prix Renaudot 2024. Un roman lumineux malgré son sujet, porté par une langue qu’on entend en lisant.
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Pour quand tu n’as pas la tête à un pavé. Court, sec, et il tient encore debout après quatre-vingts ans. On le lit en une soirée et on y repense longtemps.

L’Étranger, d’Albert Camus
En poche Folio. Le genre de livre qu’on croit connaître parce qu’on l’a eu au lycée, et qui ne ressemble pas du tout au souvenir.
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Rien n’est définitif

Aucun de ces choix n’est définitif. Un livre coûte le prix d’un repas, une carte de bibliothèque ne coûte rien, et un livre abandonné reste sur l’étagère pour le jour où il sera le bon.

Le pire choix, c’est celui qu’on ne fait pas. Prends-en un, donne-lui cinquante pages, et recommence demain si ça ne va pas.

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