Aïcha Haddad, la moudjahida devenue peintre
À dix-sept ans elle rejoint le maquis de Kabylie. Elle passe la guerre en camp et sort de prison à l’indépendance. C’est après, à vingt-cinq ans, qu’elle apprend à peindre — et qu’elle enseignera le dessin pendant vingt-deux ans.
La terrasse du Musée national des beaux-arts d’Alger — photo Ryadh Bahidj, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons
Aïcha Haddad rejoint le maquis de Kabylie en 1956, à dix-sept ans. Arrêtée la même année, elle reste internée jusqu’à l’indépendance. Elle apprendra la peinture après, à vingt-cinq ans, et l’enseignera pendant vingt-deux ans.
1956, dix-sept ans, le maquis
Aïcha Haddad naît en 1937 à Bordj-Bou-Arréridj, dans une famille de la tribu des Hachem, et grandit sur les hauts plateaux. Ses instituteurs remarquent très tôt qu’elle dessine bien — c’est tout ce qu’on sait de ses débuts.
En 1956, à dix-sept ans, elle quitte la maison et rejoint le maquis de la wilaya III, en Kabylie. Elle assiste au congrès de la Soummam, au mois d’août de la même année. Puis elle est arrêtée par l’armée française et internée jusqu’à l’indépendance. Plus de quatre ans. C’est de là que vient le surnom qui lui restera : la Moudjahida.
Apprendre la peinture à vingt-cinq ans
Libérée en 1962, elle s’installe à Alger et entre à la Société des beaux-arts, où elle travaille auprès du peintre Camille Leroy, en même temps que d’autres artistes qui compteront plus tard. Elle a vingt-cinq ans et commence tout.
À partir de 1966, elle enseigne le dessin au lycée Omar-Racim d’Alger. Elle y restera vingt-deux ans, jusqu’en 1988, avant de devenir inspectrice des arts plastiques au ministère de l’Éducation.
La miniature et le cubisme, dans la même toile
Son travail tient ensemble deux héritages qu’on n’a pas l’habitude de voir côte à côte : la tradition de la miniature algérienne, avec sa précision et son goût du détail, et les courants de la peinture occidentale qu’elle découvre en voyageant — le cubisme, le symbolisme, le nouveau réalisme.
Reconnaissances
Elle reçoit des prix de la ville d’Alger dans les années soixante-dix, la médaille d’or du Festival des peintres arabes au Koweït en 1975, et une médaille de l’UNESCO en 1997 pour l’illustration d’un livre pour enfants. Ses œuvres se trouvent aujourd’hui à l’UNESCO à Paris, à la FAO à Rome, à Tokyo, aux Émirats arabes unis et dans les musées algériens.
Où voir son travail
Le Musée national des beaux-arts d’Alger, dont on voit la terrasse en tête de cet article, conserve des œuvres de sa génération. En ligne, sa notice et plusieurs de ses toiles sont visibles sur AWARE — Archives of Women Artists, Research and Exhibitions.