Le tapis compte parmi les artisanats les plus répandus en Algérie, et parmi les plus lisibles. La région d’origine se devine aux motifs, aux couleurs et à la technique, pour peu qu’on ait appris à regarder.

Quelques grandes familles

Le Djebel Amour, sur les hauts plateaux, produit des tapis à fond clair où des motifs géométriques se répartissent en bandes régulières. Le Guergour, en Petite Kabylie, se reconnaît à ses compositions denses et à sa palette soutenue. La Kalaâ des Béni Rached, près de Relizane, perpétue une tradition ancienne aux dessins très identifiables.

Les tapis du Sud, du côté de Ghardaïa et d’Adrar, suivent d’autres codes, souvent plus dépouillés, où la laine naturelle joue un grand rôle.

Le métier à tisser, monté à la maison ou en atelier.
Le métier à tisser, monté à la maison ou en atelier. Photo : Daderot (CC0 1.0, wikimedia)

La laine et les couleurs

La matière vient des troupeaux de la région. La laine est lavée, cardée, filée, puis teinte. Les teintures traditionnelles — garance, henné, indigo, écorces — donnent des tons qui s’adoucissent en vieillissant et prennent une profondeur que les colorants industriels n’atteignent pas.

Des motifs qui parlent

Losanges, triangles, peignes et chevrons appartiennent à des répertoires transmis de mère en fille. Leur sens s’est parfois estompé, mais la grammaire reste stricte : on ne mélange pas les motifs de deux régions. C’est ce qui permet, devant un tapis, de dire d’où il vient et de quelle main il sort.

Reconnaître un tapis noué à la main

Retournez la pièce. Les nœuds faits main présentent de légères irrégularités, jamais l’alignement parfait d’une machine. La densité des nœuds donne la mesure du temps passé. La laine filée à la main n’a pas l’épaisseur constante d’un fil industriel, et cette variation se voit dans la lumière.

Le tissage reste très largement un travail de femmes, réalisé à la maison ou en atelier coopératif. Dans plusieurs régions, il représente un revenu qui compte et un art dont les familles sont fières.