Le khôl, 5000 ans avant ton eye-liner
Avant d’être un maquillage, c’était un médicament. L’histoire vraie de la poudre noire portée par les pharaons, les Berbères, et maintenant toi — sans que grand-chose n’ait vraiment changé entre-temps.
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Tu traces une ligne de khôl le matin sans y penser deux fois. Ce que tu ne sais peut-être pas : le même geste, presque à l’identique, se faisait déjà il y a 5000 ans, sur les rives du Nil — et pas d’abord pour être jolie.
Un médicament avant d’être un maquillage
Dans l’Égypte antique, le khôl — appelé « mesdemet » — servait avant tout à protéger les yeux. La population égyptienne vivait concentrée autour du Nil, une zone humide et marécageuse, terrain idéal pour les infections oculaires. Le sable du désert et l’éblouissement constant du soleil aggravaient le problème. Le khôl répondait aux deux à la fois : il filtrait la lumière et protégeait l’œil des agressions extérieures.
Hommes, femmes et enfants en portaient — ce n’était pas un attribut féminin comme on l’imagine aujourd’hui, mais une pratique protectrice partagée par toute la population, des pharaons aux gens du peuple.
Une frise qui traverse les civilisations
Le mot lui-même raconte son histoire
Le terme « khôl » vient de l’arabe « kuhl », qui désigne l’antimoine — l’un des minéraux traditionnellement utilisés dans sa composition. Un mot qui a lui-même voyagé jusqu’en anglais : « alcohol » descend étymologiquement de ce même terme arabe, la racine ayant d’abord désigné une poudre fine obtenue par distillation, avant de s’appliquer plus tard aux liquides.
Toujours vivant dans le Maghreb
Au fil des siècles, le khôl traditionnel s’est solidement ancré dans les cultures du Maghreb, où les femmes berbères continuent aujourd’hui de l’utiliser et de le transmettre. Loin d’être une relique de musée, la pratique reste vivante — vendue sur les marchés, préparée artisanalement, offerte lors de grandes occasions.
Un maquillage vieux de 5000 ans, porté aujourd’hui à peu près de la même façon — pour à peu près les mêmes raisons qu’à l’époque, en plus de l’esthétique.
La prochaine fois que tu traces ta ligne de khôl le matin, il y a quelque chose d’assez vertigineux à se dire que ce geste précis relie directement Néfertiti aux femmes berbères de tes propres grand-mères, jusqu’à toi. Peu de gestes beauté peuvent revendiquer une histoire aussi longue et aussi continue.