En Algérie, on creuse encore. Plusieurs chantiers ont tourné cette année, des hauts plateaux de Sétif aux faubourgs de Constantine, et chacun ajoute sa pièce à une histoire qui commence plus de deux millions d’années avant nous.

Le site qui a fait reculer l’histoire de six cent mille ans

À Aïn Boucherit, dans la wilaya de Sétif, l’équipe du préhistorien algérien Mohamed Sahnouni a mis au jour des éclats de pierre taillée et des os portant des traces de découpe. La datation, publiée fin 2018 dans la revue Science, donne jusqu’à 2,4 millions d’années.

Jusque-là, le plus ancien site paléolithique connu d’Afrique du Nord était Aïn Hanech, juste à côté, avec ses quelque 1,8 million d’années. Aïn Boucherit recule la présence des premiers hominidés dans la région de six cent mille ans d’un coup. Le résultat relance la discussion scientifique sur le calendrier du peuplement de l’Afrique du Nord, longtemps considéré comme tardif au regard de l’Afrique de l’Est.

Six cent mille ans de plus : c’est ce que la datation d’Aïn Boucherit ajoute à l’histoire humaine connue de l’Afrique du Nord.

Tighennif : onze campagnes, et on continue

À Tighennif, dans la wilaya de Mascara, on fouille depuis 2013 — et on fouillait déjà bien avant. C’est là que le paléontologue Camille Arambourg a exhumé en 1954 et 1955 des mandibules et un fragment de crâne qu’il a baptisés Atlanthropus mauritanicus, un nom que la science a depuis rangé dans la grande famille d’Homo erectus.

Une vaste fouille à ciel ouvert sur le site de Tighennif, des ouvriers au travail dans les tranchées
Une campagne de fouilles sur le site de Tighennif — Société préhistorique de l’Ariège, domaine public, via Wikimedia Commons

La onzième campagne s’est tenue en juin dernier, toujours sous la direction de Mohamed Sahnouni. Elle vise à confirmer la datation d’environ 1,4 million d’années établie par les campagnes précédentes. Les pièces et les prélèvements repartent ensuite à Alger pour analyse.

Constantine : un sarcophage, puis une nécropole

En 2016, dans un jardin particulier du quartier Émir-Abdelkader, à Constantine, un sarcophage sort de terre. Il faut une intervention d’urgence pour le sauver. Les analyses le datent du IIIe siècle de notre ère.

Mosaïque funéraire chrétienne, grand panneau de tesselles avec un chrisme et l’inscription latine IN PACE, accrochée au mur du musée
Mosaïque funéraire chrétienne du IVe siècle, découverte à Constantine et conservée au musée national Cirta — photo Reda Kerbush, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce que l’équipe du Centre national de recherche en archéologie trouve ensuite dépasse largement l’objet : un vaste ensemble funéraire, une nécropole romaine entière, avec des tombes couvertes de tuiles datées des IVe et Ve siècles. La ville moderne est bâtie dessus.

Salle du musée national Cirta à Constantine, avec une grande mosaïque romaine murale et une mosaïque au sol
Les mosaïques romaines du musée national Cirta, à Constantine — photo Bernard Gagnon, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Mostaganem : le port de Quiza

Du 31 août au 8 septembre, une équipe de l’Institut d’archéologie de l’université d’Alger 2, conduite par le professeur Boussaâdia Brahim, a mené une prospection exhaustive du site dit du port de Quiza, dans la wilaya de Mostaganem.

Le lieu serait l’un des plus anciens ports fluviaux connus de la région : créé par les Phéniciens pour le commerce et la navigation, occupé ensuite par les Romains, rattaché au royaume numide occidental. On y relève des thermes, des pressoirs à huile, et tout un réseau souterrain de citernes creusées pour récupérer l’eau de pluie.

Le site archéologique du port de Quiza, murs de pierre affleurant au sol et eau stagnante, collines en arrière-plan
Le site du port de Quiza, dans la wilaya de Mostaganem — photo Chaachou, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La mission de septembre était une prospection : cartographie, sondages, choix des zones à ouvrir. Des fouilles régulières et permanentes doivent suivre.

Sept sites classés à l’UNESCO

L’Algérie compte sept biens inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce sont les plus visités et les mieux protégés, et ils ne représentent qu’une part de ce que le pays conserve.

L’arc de Caracalla à Djémila, arche romaine debout au milieu du site, collines vertes en arrière-plan
L’arc de Caracalla, à Djémila — photo Bernard Gagnon, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Bien inscritAnnée
La Kalâa des Béni Hammad1980
Djémila1982
Vallée du M’Zab1982
Tassili n’Ajjer1982
Timgad1982
Tipasa1982
Casbah d’Alger1992

En bref

Le plus ancienAïn Boucherit (Sétif) — jusqu’à 2,4 millions d’années
La campagne la plus récentePort de Quiza (Mostaganem) — 31 août au 8 septembre 2026
La plus longue sérieTighennif (Mascara) — 11e campagne depuis 2013
La trouvaille fortuiteSarcophage de Cirta (Constantine) — IIIe siècle
Biens classés UNESCO7

Les campagnes de Tighennif et de Quiza doivent reprendre, et les fouilles engagées à Constantine se poursuivent.