Grève du 29 septembre : ce qu’on met dans son sac
Toute la fonction publique est appelée à la grève mardi. Si tu y vas, ou si tu dois seulement traverser la ville, voilà ce qui change la journée.
Photo — Jirath Ninchaikovit / Unsplash
Mardi, toute la fonction publique est appelée à la grève — l’État, les collectivités, les hôpitaux. C’est rare : tous les syndicats appellent ensemble, CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-HP, ce qui n’arrive pas tous les ans. Ils demandent une revalorisation du point d’indice, celui qui sert à calculer les salaires des fonctionnaires, son indexation sur l’inflation, et des moyens pour les services publics. La date n’est pas choisie au hasard : les débats sur le budget s’ouvrent quelques jours plus tard.
Des défilés sont prévus dans toute la France. Que tu y ailles ou que tu doives simplement traverser la ville, la journée ne ressemblera pas aux autres. Voilà le côté pratique, celui dont personne ne parle.
Si tu dois juste aller travailler
Commence par regarder ta ligne la veille au soir, pas le matin dans l’escalier. Les opérateurs publient leurs prévisions la veille vers 17 heures, et c’est le seul moment où l’information est à peu près fiable.
Et prévois de marcher. Pas « au cas où » : vraiment. Les jours de grève, le trajet qui prend vingt minutes en prend cinquante, et la dernière partie se fait souvent à pied parce que le bus est plein trois arrêts avant le tien. Ce qui nous amène directement au vrai sujet de cet article.
Les chaussures. C’est tout.
On te parlera de banderoles, de slogans, de convictions. Personne ne te dira que la journée se joue sur ce que tu as aux pieds.
Une manifestation, ce n’est pas une promenade : c’est debout, puis trois mètres, puis debout à nouveau, pendant des heures, sur du bitume. Ce rythme-là fatigue plus qu’une vraie marche. Les chaussures neuves sont à proscrire absolument, les talons n’en parlons pas, et les semelles fines se font sentir vers la deuxième heure.
Le téléphone meurt vers 14 heures
C’est une loi. Tu prends des photos, tu envoies des messages, tu cherches où est passé le cortège, et surtout ton téléphone s’épuise à chercher du réseau au milieu de milliers d’autres qui font pareil. Une batterie qui tient trois jours en temps normal rend l’âme au milieu de l’après-midi.
Or c’est précisément le moment où tu en as besoin : pour retrouver les gens, pour rentrer, pour savoir si ta ligne remarche.
Et le réseau, lui, ne meurt pas : il sature
Les messages partent avec dix minutes de retard, les appels ne passent pas, et la carte ne se charge plus. Ce n’est pas ton forfait, c’est l’antenne qui ne suit pas.
D’où le conseil que donnent tous les habitués : fixez un point de rendez-vous physique avant de partir. Une adresse, un café, un angle de rue, et une heure. Pas « on s’appelle sur place » — sur place, on ne s’appelle pas.
L’eau, et pourquoi les magasins sont fermés
Sur le parcours d’un défilé, beaucoup de commerces baissent le rideau par précaution. Tu peux marcher longtemps sans croiser un endroit où acheter une bouteille. Et il fait encore doux fin septembre, ce qui trompe : on boit peu, on marche beaucoup, et on finit avec la tête qui tourne.
Les mains libres
Un sac à main, dans une foule, c’est une contrariété permanente : il glisse de l’épaule, il se coince, et tu passes la journée à le remonter. Un sac porté en bandoulière ou à la taille règle la question — tu oublies qu’il est là, et tes deux mains servent à autre chose.
Manger, parce que la journée est longue
Un cortège part en fin de matinée et se disperse en milieu d’après-midi. Entre les deux, il n’y a pas de pause déjeuner : on avance, on s’arrête, on repart, et les commerces du parcours sont souvent fermés. Vers deux heures, la faim arrive d’un coup, avec la fatigue et la mauvaise humeur qui vont avec.
Une barre au fond de la poche règle ça. Ce n’est pas un repas, c’est ce qui évite le coup de barre.
La petite trousse
On revient aux chaussures. Même les bonnes, portées six heures d’affilée, finissent par frotter quelque part. Un pansement posé à temps évite l’ampoule ; posé trop tard, il ne fait plus rien.
Et une trousse sert aussi aux autres. Dans une foule, quelqu’un finit toujours par se tordre la cheville ou s’ouvrir le doigt, et celle qui a des pansements devient très populaire.
Le foulard et les lunettes
Fin septembre, le soleil tape encore de côté toute l’après-midi, et une manifestation se passe dehors, sans un mètre d’ombre. Des lunettes de soleil, ce n’est pas de la coquetterie quand on marche face au soleil pendant trois heures.
Le foulard, lui, sert à tout : sur les cheveux quand le vent se lève, autour du cou quand le soleil tourne, sur les épaules quand la température tombe en fin de journée. Il ne pèse rien et il tient dans une poche.
Et finalement, le sac à dos
Arrivée ici, tu auras remarqué le problème : la batterie, la gourde, les barres, la trousse, le foulard et les lunettes ne tiennent plus dans une banane. Il faut passer au sac à dos.
Pas un sac de randonnée, pas un sac d’ordinateur : le sac de quatrième, celui qu’on avait tous au collège. Il se porte sur les deux épaules, il ne pèse rien à vide, et il encaisse tout.
Le reste, en vrac
Préviens quelqu’un qui n’y va pas de l’endroit où tu seras. Garde une pièce d’identité sur toi. Note le numéro d’une personne proche sur un papier, dans la poche — parce que le téléphone, lui, meurt vers 14 heures, on vient de le dire.
Et pars plus tôt que tu ne le crois nécessaire. Le rassemblement commence toujours avant l’heure annoncée, le métro le plus proche est souvent fermé, et arriver essoufflée n’a jamais aidé personne à passer une bonne journée.
Les convictions, tu les as déjà. Le reste, ce sont des chaussures et une batterie.
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